Pour le voyageur de passage, le littoral sud de Marseille est une succession de cartes postales : des anses de galets, une eau turquoise et de petites bâtisses blanches qui semblent défier les lois de la gravité sur la roche. Pourtant, derrière les volets clos de ces habitations miniatures se cache l’une des institutions les plus farouchement gardées de la cité phocéenne : le cabanon. De la presqu’île de Malmousque jusqu’au bout du monde des Goudes, ces anciens abris de pêcheurs font l’objet d’une guerre culturelle et immobilière feutrée, où l’authenticité locale tente de résister à la mondialisation du charme.
Les Origines d’un Mythe : De l’Abri de Fortune à l’Art de Vivre
Au XIXe siècle, le cabanon marseillais n’avait rien d’un produit de luxe. C’était un espace rudimentaire, souvent construit sans permis avec des matériaux de récupération par les ouvriers et les marins de la ville. On y venait le dimanche en famille, par tramway ou à pied, pour fuir la chaleur étouffante des quartiers industriels du centre. Le rituel était immuable : les hommes pêchaient la girelle ou le loup, tandis que les femmes préparaient la bouillabaisse sur un réchaud à pétrole.

Aujourd’hui, ces cabanes d’à peine 20 à 30 mètres carrés, parfois dépourvues de fondations formelles, se transmettent de génération en génération comme des reliques sacrées. Les quartiers où ils sont implantés ont chacun leur identité :
- Malmousque : Un labyrinthe de ruelles piétonnes où les cabanons se cachent derrière l’anse de la Fausse Monnaie. Ici, l’ambiance est celle d’un village de pêcheurs d’un autre temps, bien que les prix au mètre carré rivalisent désormais avec les plus beaux lofts parisiens.
- Le Bain des Dames et l’Anse des Sablettes : Situés juste après la pointe rouge marseille, ces secteurs abritent des alignements de cabanons qui s’ouvrent directement sur une plage de Marseille. Les pieds dans l’eau, les habitants y vivent littéralement au rythme du ressac.
- Les Goudes : Surnommé « le bout du monde », ce quartier situé aux portes des Calanques incarne le graal du cabanonnier. Le vent y souffle plus fort, la roche y est plus blanche, et l’isolement y est total.
La Gentrification de la Roche : Quand le Design s’invite dans la Calanque
L’attrait pour ce mode de vie minimaliste mais exclusif a transformé le marché immobilier local en un véritable champ de bataille. Les prix ont explosé, attirant une nouvelle clientèle de cadres parisiens ou internationaux en quête de déconnexion. Cette transition ne se fait pas sans heurts entre les « enfants du pays », qui défendent un usage traditionnel du cabanon, et les nouveaux arrivants, qui y voient un pied-à-terre de charme ou un investissement locatif.

C’est dans ce paysage de contrastes, où le brut côtoie le raffinement, que les codes de l’hôtellerie côtière ont dû se réinventer. À mi-chemin entre le cœur historique de Malmousque et les plages du Prado, Le Nhow Marseille illustre parfaitement cette rencontre entre l’esprit frondeur de la ville et le design contemporain. Construit sur les fondations rocheuses du Roucas-Blanc, cet établissement s’intègre au littoral sans chercher à en gommer l’aspérité. Les designers y ont recréé une atmosphère urbaine et marine unique, où une piscine en forme de boîte de sardines géante fait un clin d’œil humoristique aux traditions marseillaises, tandis que les terrasses offrent un point de vue imprenable sur les îles du Frioul. C’est un point d’observation idéal pour comprendre comment Marseille parvient à équilibrer sa culture populaire et ses ambitions architecturales.
Les Codes Stricts de la Communauté des Cabanonniers
Pour les puristes, posséder un cabanon impose des devoirs. On ne devient pas cabanonnier simplement en signant un acte notarié ; il faut adopter un art de vivre dicté par la promiscuité et le respect de la nature. La vie s’y déroule principalement à l’extérieur, sur une terrasse minuscule que l’on appelle ici l’« estrade ».
La communauté obéit à des règles non écrites mais inviolables :
- Le partage de l’espace : Les cabanons étant collés les uns aux autres, le bruit doit s’éteindre avec le soleil. Les disputes se règlent autour d’un apéritif, jamais par courrier recommandé.
- La résistance au vent : Habiter un cabanon, c’est accepter de vivre avec le Mistral. Chaque objet extérieur doit être amarré, et les volets en bois épais sont indispensables pour protéger les vitres des embruns salés.
- L’esprit de la galéjade : L’humour et l’exagération font partie du quotidien. Sur les quais des Goudes ou de Malmousque, les conversations tournent autour de la taille du dernier poisson pêché ou de la couleur du ciel au crépuscule.
Le Crépuscule des Goudes : La Quête du Coucher de Soleil Parfait

Le moment où la hache de guerre se dépose enfin coïncide avec le coucher de soleil marseille. Lorsque l’astre entame sa descente derrière l’horizon, une trêve visuelle s’installe sur tout le littoral. Depuis l’estrade d’un cabanonnier des Goudes ou depuis les rochers polis de Malmousque, le spectacle est identique : la roche blanche vire au rose saumon, puis au violet profond.
Ce rituel quotidien rappelle que malgré les mutations urbaines, la spéculation immobilière et l’afflux touristique, le littoral marseillais conserve une part d’inaccessible. Le cabanon, qu’il soit resté dans son jus ou transformé en villa de poche ultra-design, demeure le poste de pilotage privilégié d’une ville qui refuse de se laisser uniformiser. Tant que la mer frappera la roche et que le pastis se boira face aux îles, l’esprit du cabanon marseillais continuera de souffler sur la côte.

Je m’appelle Sandra, j’ai 31 ans et je suis fan de cuisine depuis l’adolescence. Je partage mes recettes préférées avec une grande appétence pour la cuisine française et la gastronomie au sens large. Je partage également quelques bons plans restos 😉





